khaled Juma
    
   
 
 
 
 
 
  translation
 
 
 
 
 
   
 
translation
Un vide dans la carte Un vide sur la carte
 

Par Khaled Jemaa - Gaza, Palestine

Le libre-arbitre dans la rue est destructeur * Le garon nest plus un Jsus * Il se dplace dans sa dernire rverie, sur le vlo de la scne * Jour aprs jour, il coute des choses jamais encore entendues ct de sa vie * Ce son de flte est gnant, il blesse la peur de la scne, des spectateurs * Et peut-tre que dix balles de plus nont aucun sens *

Arme, pourquoi prends-tu au srieux les choses dont on rit ? * Le soldat rit : ton discours convient toute couleur, sauf au blanc *

Mon fils, tu dois dsormais choisir la couleur de larme, pour parler un tunnel qui ne conduit pas au sens * Enfin, le sens des choses a perdu sa force * lauteur darticles ne se soucie plus que de la grandeur des caractres sur le journal * Et larme se soucie de choses encore plus grandes que les caractres, et que de la faon dont les manifestants tombent * Le paysage change rapidement : ce nest plus un pre qui cherche sa fille fugueuse, partie avec les jeunes lubriques bien que combattants, cest une fille qui cherche un pre dont les traits sont tombs sur lasphalte, sans adieux * Il y a une publicit pour le nouveau climatiseur la tl satellite * le garon quitte sa place pour lacheter * Sa mre a chaud, et cela le proccupe * Mais il est tomb sur la route du climatiseur * Il nest pas tout fait mort, par chance *

La peine ntait pas adapte au garon capable de jouer avec lme, qui le quitte et revient lui, tel un chaton * Elle na pas intgr une grande philosophie, pour pouvoir prsenter son cas, comme lexige la radio * Le prsentateur a rpondu * Le garon a fait son devoir, le prsentateur aussi *

Le garon oublie son jardin. Il sagit de son premier assoupissement rgl par la circulation dun liquide mdical dans ses veines, des veines qui ne sont pas faites pour cela * Les infirmires gardent son sommeil, cause des nombreux passants dans leurs mmoires * Personne na jamais eu ici une telle beaut ensommeille * Elles chantent puis partent la fin du service * Puis ne se souviennent de lui quau service suivant * Il rve dun dsert long et troit * Et de deux flamants roses qui ignorent qui les a fourrs dans ce sommeil prcisment dos * Le dsert devient une carte gographique * Linstituteur montre lunique couleur, secoue ses moustaches et son bton * Il y a un vide entre deux dserts * Linstituteur tisse sa phrase dans un vieux langage * Voil le Nil, il rougit de confusion quand il passe par des funrailles * Et comme vous le savez, cest la rivire la plus longue * Si lon excepte les rivires du paradis, aux longs passages sous la main ingnieuse de Dieu * Cependant, le dsert ronfle en son sommeil * et son sommeil est la rivire, au cas o vous ne le sauriez pas * Le garon tourne en rond sur la ligne dune feuille * Il y a un vide dans la carte * Il y a toujours une fte qui tombe sur le vide, et larbre ne sait jamais ce quil y a en dessous de lui * Le ple la fin de la carte est une fort blanche * Si seulement le ple couchait avec le dsert ! *

Passage bref dun nuage sur une tente qui a chang de mur * Et le garon est une copie non conforme aux autres qui sont dans les vieilles tentes * Le dialogue est long et strile * Lexprience lui a appris quelle nenseigne des choses qu elle-mme * Il tamise ses copains pour quils passent par les plus grands trous * il change son tamis tous les ans mais ils tombent toujours * Lennui parle depuis ses entrailles, et il na pas le seul pouvoir de changer de position sur cette blancheur propice aux langages * Le langage le djoue * Alors il linsulte en un souvenir de sa nostalgie ordonne * Le pays est le mien quand je dis la posie ou le rve * Cette ide le fit rire, alors une infirmire sourit ; elle ne se sent pas comme celles qui ont termin leur service *

Trois vendeuses de fleurs sont assises sur son ide qui respire grce sa veine * Lme est toujours comme un chaton * Des mdecins passent * des infirmiers * des visiteurs * des malades * des agents de nettoyage * des reprsentants de partis * des fleurs * des tudiantes * des musiciens * des journalistes * des donneurs de sang * des militaires * des gnraux * et beaucoup de mtiers lui mordent le lit, sagenouillent un instant devant lui puis partent * Le dsert est reprsent sur la carte * Il y a un vide dans la carte * il y a un vide sur la carte et le Nil nest point ici, instituteur ! * Donnez-moi mes papiers que je les montre mes parents ! * -Tu es trop tudiant pour un instituteur mlancolique. * -Je ne voulais pas vous offenser, mais jai gratt la carte alors le Nil a disparu * Linstituteur dmissionne, quitte son objectif et se suicide * La lumire vient dun mirage au fond du couloir  * Une lumire qui nclaire pas * Le garon touche la flte dans une chambre toute en bois * Les plantes dans la chambre ouvrent la fentre avec un discernement perant *Leurs fruits sont des curs et elles cassent le symbole prsent dans les curs * Le lit ouvre un il, et suinte jointure aprs jointure * Le garon titre les dernires lettres, fait son lit et le salue * Il couvre les lettres comme on couvre un dormeur, et sort, appuy sur ses dents et pieds nus ; le couloir est froid et long *

Deux avions font la cour la lune mordue, au bord de la mer * La mer maudit mais la lune est contente des louanges * Un enfant tombe de lavion, il a deux tresses et un plan darchitecture qui correspond plus dune me et moins dune ville * Il jette sa dent la mer, et essaie dattraper le jeune homme, la ruse est dvoile * Le soir et la lune sortent de la carte * Beaucoup de carnets sont sur la plage, et un visage imprim sur cellophane jette un il de dessous laisselle du seul pont de la ville * La ville a une relation avec elle-mme, elle grave un livre qui ne sest toujours pas ennuy dcrire * La vague mche du sable dlicieux * Une canne solitaire passe sur les vagues * Et le ciel devient une grande quantit de nombres qui tombent dans la falaise * Le garon se retire, et les vagues se retirent en une brve promenade en paix * Lcole est toujours au mme endroit * Pourquoi ne sennuie-t-elle pas la nuit ? * Les chevaux fatigus passent devant les mines endormies * Une explosion norme, comme le jour de la fin du monde dans un corps volant * Les mots schappent de la bouche du narrateur, et la carte proteste * un vide dans la carte * Un vide sur la carte * Une carte sur le vide * Une carte dans le vide * Les femmes marchent non loin du cimetire rocheux * Elles ne comprennent rien la carte *

Une bande de soldats rangent leurs affaires loin de lil du soleil couchant * Et le garon joue avec son me, qui, telle un chaton, le quitte * lui revient * le quitte * lui revient * le quitte * lui revient * Le noir souvre sur une toile diabolique qui se brosse les rayons dans un miroir illusoire * La nuit, tout miroir est illusion * La nuit est un temps de service, le jour aussi * Le chaton joue sa chance * Et la flte dans la chambre en bois grandit pour devenir un arbre de musique * Une manifestation sans harmonie dans la rue*

Un pays morne apparat derrire les banderoles colores, et disparat dans un produit sur lequel on na pas crit la date de validation ni le pays de fabrication * Le public ralentit * et descend obliquement le long de la rue * Il y a un gros vacarme * et aprs quelques secondes un seul son * Personne sur la scne * et personne na de scne * Les arbres attirent lattention des missiles aux nombreux expditeurs * Les dormeurs font semblant de mourir pour une ligne dans le journal * et largent vient brusquement pour rentrer dans la moyenne, et devenir une sorte de programme statistique * En pleine soire, la ville se divise entre mer et lcher de balles * Les frontires se forment comme de leau qui scoule sur du silex * Le garon ne fait plus partie de la scne *

Le prsentateur se rencontre avec lui-mme * Les infirmires attendent la fin du service * Aucun jeune homme ayant une telle beaut ensommeille nest encore pass * Son sommeil est toujours abandonn sur loreiller, tel quelles lont laiss * Et il y a toujours un vide dans la carte * Et il y a toujours un vide sur la carte *

Traduction Wafa Amri OUGARIT printemps 2004

     
0